Dieu est Amour; Dieu est Eros.


La lecture est un de mes passe-temps préférés, même si je lui consacre bien trop peu de temps.

Mais parfois, seulement quelques mots ou quelques phrases peuvent déjà donner à réfléchir pendant toute une nuit, ou une journée. Telle est la richesse des mots et des phrases alignées…

Et certaines choses, il ne suffit pas seulement de les penser, il faut les méditer et les ressentir, lâcher les amarres et oser laisser aller pour les expérimenter. Il en est ainsi avec l’amour de Dieu.

Quand on entend « amour de Dieu », on pense souvent à un amour gentil, tendre, bienveillant.

Il est tout cela : c’est un amour plein de tendresse, qui veille sur nous, qui veut notre bien, et uniquement cela, un amour tendre qui ne nous force pas, un amour gentil qui nous respecte, et qui honore toute notre personne car il nous a créé et ne veut pas nous briser.

Mais il est aussi bien plus que cela.

Cet amour est plus que seulement philia et agape ; l’amour de Dieu est aussi éros, l’amour passionné. L’amour passionné qui s’enflamme pour chacune, chacun d’entre nous, qui brûle et se consume de désir ardent pour nous, et pour notre amour en retour, et qui n’attend que cela. Ce n’est pas un amour chaste, car, indécemment, il se met à nu, vulnérable, exposé, il court à notre rencontre, le bras grands ouverts pour nous accueillir en lui et lui en nous.

C’est l’amour d’une mère, d’une lionne, d’une ourse qui défend ses enfants; l’amour d’une femme qui se pare et se fait belle pour que tous les regards se tournent vers elle. L’amour farouche qui défend ce qui lui est cher – jusqu’à la mort.

C’est un amour si grand, si fort, plus fort que tout, plus fort que la vie, que la mort, qui se donne, qui s’offre, qui se dépouille afin de donner la Vie; le Christ – l’amour qui vainc la mort, pour donner la Vie, à tous, librement. L’amour fou. Sans limites, offert à tous, sans préjugés, à flots, comme un brasier, comme un amant – l’amante de nos âmes, nos corps, nos êtres tous entiers, tels que nous sommes.

Dieu est Queer


Hier soir, alors que je lisais, j’avais une pensée inouïe: Dieu est queer.

Et je vais simplement mettre ici quelques idées en vrac.

Je lisais sur la théorie queer; de nombreux théoriciens queer refusent même de dire ce qu’est la théorie queer, en arguant qu’elle résiste à la définition même, et qu’elle est impossible à capturer.

Cela m’a bien sûr fait penser à Dieu tout de suite.

Dieu, assurément, est impossible à capturer et résiste d’une certaine manière à la définition.

Nous pouvons essayer de le définir, ou mieux, de décrire Dieu avec nos mots, images et toutes sortes de comparaisons. La Bible contient beaucoup de telles images, et les croyants ont utilisé et inventé de nombreuses images et métaphores pour parler de Dieu pour transmettre leurs idées, leurs perceptions et leurs expériences. Beaucoup d’entre eux sont d’une grande beauté et sont très forts, et nous parlent encore aujourd’hui.

Et pourtant, Dieu résiste à la définition, car Dieu dépasse toujours tout ce qu’on peut dire sur lui, tout ce qu’on peut imaginer à son sujet. Dieu a créé les êtres humains à son image, hommes et femmes, il les a créés ; en tant que tel, les deux genres sont à l’image de Dieu et Dieu les contient tous les deux.

J’irai même plus loin : en disant que Dieu a créé les cieux et la terre, nous voulons dire qu’il a aussi créé tout ce qui est entre les deux ; quand nous disons que Dieu a créé la terre et l’eau, nous voulons dire qu’elle a aussi créé tout ce qui est entre les deux. Ainsi, lorsque nous disons que Dieu a créé un homme et une femme, il a également créé tout ce qui est entre les deux.

Avec cela, Dieu contient tous les genres, tous les non-genres, tous les genres entre les genres – et est tout pour tout le monde.

Mais ce n’est pas, ou pas seulement, pourquoi je dis que Dieu est queer. Et je ne dis pas non plus que Dieu est queer pour exclure ceux d’entre nous qui ne le sont pas[1].

Dieu est elle-même queer pour plusieurs raisons. Dieu est Celui qui transgresse les limites que les autres – ou nous-mêmes – ont mises en place. Limites et frontières entre les gens, limites à l’intérieur de nous-mêmes, barrières entre nous et le Divin. Transgressant ces frontières, Dieu nous permet simplement d’être, d’exister simplement, comme nous sommes, comme je suis. Ce faisant, un espace est créé dans lequel différentes relations peuvent être vécues : verticale et horizontales, avec Dieu, avec les autres et aussi avec notre (vrai) soi.

Dieu est également queer dans la mesure où, par cette impossibilité de définition définie, il laisse une marge d’expérimentation. Il y a place pour des essais et des erreurs, car cet espace est rempli d’une gracieuse générosité. Cette grâce permet des doutes, des questions, des échecs et tout ce qui nous rend humain.

Enfin, Dieu est queer dans le sens où, comme dans la théorie et l’activisme queer, il existe un appel à l’action. De même, il lance un appel à l’action et nous présente une éthique à respecter. Ce n’est pas une éthique de « se tenir à l’écart en prétendant d’être plus saint qu’autrui ou vouloir le devenir », mais une exigence qui exige d’être aux côtés de ceux qui luttent, d’être leur allié, de défendre la dignité des gens, d’accompagner les autres dans leurs voyages et d’être une main tendue en cas de  besoin, et se lever contre la violence sous toutes ses formes – et si possible, de manière non conventionnelle: queer.


[1] Mon objectif n’est pas de créer une distinction entre ceux qui se décrivent comme «queer» et ceux qui ne le font pas – ce n’est pas eux contre eux, ni nous contre eux.

Soyons hérétiques!


Je me sens comme une sorte d’hérétique maintenant.

Sortir des confins de la foi et de la pratique évangélique après tant d’années donne ce genre de sentiment. Mais au lieu de me sentir comme un petit enfant, perdu dans la jungle asphaltée d’une grande ville polluée et menaçante, je me sens plutôt libre, me tenant au bord d’une forêt accueillante mais dense, ou mieux encore, d’une chaîne de montagnes à gravir. L’ascension peut être raide et fatigante par moments, et on espère qu’aucun accident n’arrivera, mais ce sera un voyage passionnant. Arriver un jour au sommet (s’il y a une telle chose dans ce cas) en vaudra la peine, tout comme la vue tout au long du parcours.

Le mot hérétique semble un peu drastique ou effrayant, mais si on le regarde, en fait, ça va…. Il a juste mauvaise presse. Si c’est une insulte, alors je l’accepte volontiers pour l’instant.

Un hérétique? Une hérétique, ou plutôt une hérésie, est une croyance qui diffère (ou diffère fortement) des croyances et des coutumes établies, de la soi-disant «norme» des organisations religieuses établies telles que les églises. En ce sens, il diffère de l’apostasie (renonciation explicite) ou du blasphème (insulte volontaire de Dieu, de croyances ou d’un objet sacré par des mots ou des actions).

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God is Queer


Last night whilst reading, I had a wild thought: G-d is queer.

And I’m just gonna throw out some unordered, messy thoughts out here.

I was reading about queer theory; many queer theorists even refuse to say what queer theory is, arguing that it resists definition and is impossible to capture.

This, of course made me think of G-d right away.

G-d, for sure is impossible to capture, and in a certain way, resists definition.

We can try to define, or better, describe G-d with our words, images, and all sorts of comparisons. The Bible has many of such images, and believers throughout the times have used and invented many images and metaphors to speak about G-d and convey their ideas, perceptions and experiences. Many of them are of a raw beauty and are very strong, and still speak to us today.

And yet, G-d resists definition, for G-d is always beyond all that we can say about him, all that we can imagine about her. G-d created human beings in her image, male and female he created them; as such, both genders are in G-d’s image, and G-d contains them both. I’ll go even further: when saying that G-d created the heavens and the earth, we mean that he created also all that is in-between; when we say that G-d created earth and water, we mean that she created also all that is  in-between. So when we say that G-d created male and female, G-d also created all that is in-between.

With that, G-d contains all genders, all no-genders, all in-between genders – and is everything to everybody.

But that is not, or not only, why I’m saying that G-d is queer. And I’m also not saying that G-d is queer to exclude those who are not queer[1].

G-d herself is queer for several reasons. G-d is the One who transgresses the boundaries that others -or ourselves- have put up. Boundaries between people, boundaries inside ourselves, boundaries between us and the Divine. Transgressing those boundaries, G-d allows us to simply be, to simply exist, the way we are, the way I am. In doing so, a space is created in which different relations can be lived: vertical and horizontal, with G-d, with others and also with our (true) selves.

G-d is also queer in that, through that impossibility of definite definition, he leaves room for experimentation. There is room for trial and error, as this room is filled with a graceful generosity. This grace allows for doubts, questions, failures and all that makes us human.

Lastly, G-d is queer in that like in queer theory and activism there is a call to action, likewise G-d issues a call to action and presents us with an ethic to live by. It is not a holier-than-thou ethic, but one that demands to stand by those that struggle, to be their ally, to defend people’s dignity, and to accompany the other in their journeys and to be the helping hand when needed, and to stand up against violence in all of its forms – and if possible, in unconventional ways: queer, that is.



[1] My goal is not to create a distinction between those who describe themselves as ‘queer’ and those who do not – it is not them versus them, or us versus them.

Quelques pensées sur l’amour de Dieu et le discipulat


Connaitre Dieu, ce n’est pas tellement s’évader dans des spéculation vagues à propos de lui, mais d’entrer en relation avec lui. Le critère de cette connaissance et de cette relation est la pratique des commandements, c’est-à-dire aimer Dieu et aimer son prochain. Cet amour devrait informer toute la vie des croyants et déterminer les relations entre les croyants.

La Première Épitre de Jean souligne ici que pour demeurer en Dieu, pour demeurer en Jésus, nous en tant que croyants, doivent aussi vivre, donc « marcher », comme Jésus a vécu. L’exemple de Jésus doit nous amener à vivre dans l’amour – Jésus, dont l’amour l’a mené jusqu’à donner sa vie pour nous. Le bon comportement est donc pour Jean une partie indispensable de la vie chrétienne. L’obéissance se manifeste dans l’amour pour Dieu, qui lui répond à l’amour de Dieu.

L’Amour est alors à la fois la nature et une activité de Dieu ; décrit la façon dont les hommes se tournent (ou devraient se tourner) vers lui ; être fondé dans l’amour de Dieu devrait déterminer la relation entre croyants.

L’histoire du lavement des pieds montre bien cet amour exemplaire de Jésus. Le lavement des pieds exprime, symboliquement, ce qui était au centre de la vie et de la Passion (donc de la souffrance, mort et résurrection) de Jésus : c’est l’amour du prochain, qui se met au service des autres, y compris des plus humbles, pour sauver les hommes. C’est aux disciples, donc à nous, d’imiter cette façon de vivre, d’agir et d’aimer de notre Seigneur.