Au Carrefour


Je suis arrivé à un carrefour (et non, pas le magasin…).

Maintenant que c’est définitif et officiel que j’ai perdu mon travail de pasteur après mon coming out parce que je suis lesbienne, je suis arrivé à un carrefour. Carrefour de changement de carrière, carrefour de foi également en quelque sorte.

Il est temps pour moi de réévaluer et de réfléchir à ce en quoi je crois réellement.

Perdre mon travail et quelques amitiés, et bien plus encore, tout le processus qui s’en résultait était stressant et pénible, mais maintenant, il est temps de transformer cette expérience difficile et douloureuse en quelque chose de bon ; maintenant, je suis libre de, comment dire, désassembler ma foi et laisser Dieu, ou le Divin, la réassembler ensemble.

Bien sûr, à l’église, j’étais obligé d’utiliser tout le jargon évangélique – même si je n’étais pas toujours tout à fait à l’aise avec : cela allait de questions de vocabulaire aux paroles d’hymnes et de chants aux questions théologiques. Mais maintenant, je peux laisser tout cela derrière moi et explorer librement les terrains délaissés à ma guise.

Plusieurs amis m’ont demandé, « Oh non, t’as rejeté Jésus ? Tu laisses le Christ derrière ? Y aura-t-il encore de la place pour Jésus dans tes pensées ? » Bien que je sois reconnaissant qu’ils soient inquiets pour moi, je dois faire objection… Pour moi, il ne s’agit pas de rejeter Jésus. C’est quelque chose de beaucoup plus profond que cela.

J’ai besoin de chercher Dieu, de faire l’expérience de Dieu, d’écouter le Divin, d’aller au-delà des frontières du langage de Dieu évangélique, de l’imagerie et d’un certain dogme (ou l’idée qu’on s’en fait). Cela ne m’a pas fait beaucoup de bien jusque-là.

Je ressens le besoin de revenir à ces sources qui avaient déjà nourri mon âme dans le passé et de les laisser me nourrir à nouveau: la tradition juive, qui fait partie de mon héritage, et la théologie et la spiritualité féministes. Cela ne veut pas dire que tout à coup, je n’apprécierai plus les aspects de la théologie anabaptiste que j’avais appréciés auparavant. Mais parfois, pour reconstruire, il faut d’abord déconstruire – et cette déconstruction a été déclenchée par le licenciement ; même si le processus était déjà en route avant, par petites touches, par-ci, par-là.

Je ne vois pas cette nouvelle aventure de déconstruction-reconstruction comme quelque chose de négatif. C’est dérangeant et pas toujours facile, mais aussi porteur de promesses de croissance.

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